
Vos vieux magazines de jeux vidéo valent-ils vraiment quelque chose ?
Une pile de Joystick jaunis qui menace de s'effondrer à chaque passage, des Consoles + cornés au fond d'un carton, un Tilt dont la couverture s'effrite dès qu'on le saisit : le garage déborde et vous ne savez pas quoi faire de ces vieux magazines de jeux vidéo. Avant de trancher entre garde, don ou revente, autant regarder ce que ces reliques valent réellement. Pas ce qu'elles devraient valoir selon votre attachement, ni ce que la nostalgie vous souffle à l'oreille, mais ce que le marché en dit aujourd'hui.
La valeur sentimentale d'abord, le prix ensuite
Un magazine de jeux vidéo ancien, c'est un peu une machine à remonter le temps. La couverture d'un Tilt de 1988, les tests de jeux auxquels vous avez joué des nuits entières, les publicités pour des consoles aujourd'hui disparues : tout cela forme une mémoire que personne d'autre ne possède exactement sous cette forme. Cette dimension-là est bien réelle, et elle justifie largement d'en conserver quelques exemplaires. Mais elle ne se transfère pas au moment de vendre, et c'est là que les choses se compliquent.
Le souvenir d'une lecture partagée avec un frère ou des copains de collège n'a pas de cote sur un site d'annonces. L'acheteur potentiel, lui, ne voit qu'un objet imprimé, plus ou moins bien conservé, dont le contenu est parfois intégralement disponible en ligne. Entre ces deux regards, l'écart se creuse au point de rendre certaines négociations absurdes.
Ce que dit le marché des magazines de jeux vidéo
Le premier indice vient des boutiques spécialisées. searchresult.fr permet d'observer comment les professionnels du secteur positionnent leurs offres en matière de presse vidéoludique, et les enseignements sont parlants. Sur la boutique Univers Vintage, la catégorie « Magazines jeux vidéo Archives » affiche 116 résultats au total. Le stock existe, il est varié, mais les prix pratiqués racontent une histoire que peu de collectionneurs veulent entendre.
Prenez le « MAGAZINE 100 JEUX DE LEGENDE », proposé à 20,00 € puis affiché en promotion à 15,00 €. Un prix promotionnel sur un magazine ancien, c'est déjà un signal : le vendeur cherche à faire tourner son stock plutôt qu'à miser sur la rareté. Autre exemple, le « GUIDE ZELDA LINK TO THE PAST DR LAKAV » est tout simplement en rupture de stock. La demande existe peut-être, mais l'indisponibilité du produit ne nous dit pas à quel prix il serait parti.
La réalité, c'est que la plupart des magazines de jeux vidéo se vendent à des tarifs qui ne remboursent même pas l'essence dépensée pour aller les déposer chez un libraire. Quelques numéros très spécifiques, des hors-séries ou des éditions limitées peuvent tirer leur épingle du jeu, mais la vaste majorité du stock encombre davantage les rayonnages qu'elle n'attire les acheteurs.
Une archive de forum qui en dit long
Les discussions entre passionnés offrent un contrepoint précieux aux vitrines des boutiques. Sur le forum Gamekult, un utilisateur nommé fabien1176 a déclaré en mai 2007 avoir récupéré une quinzaine de cartons de magazines, dont Joystick, Tilt, Joypad, Consoles + et Lucasfilm.
Dans ce même fil, il estimait posséder environ 500 revues. Une collection de cette ampleur, c'est le rêve de beaucoup d'amateurs de rétro. Et pourtant, la valeur évoquée par un autre membre du forum, pinkky666, donne le vertige : environ 1 euro pièce.
Un euro par magazine. Pas dix, pas cinq, pas même deux. Ce chiffre, même s'il date de 2007 et ne reflète qu'une opinion individuelle, correspond à ce que beaucoup de vendeurs constatent encore aujourd'hui. Les collections volumineuses se vendent mal, car les acheteurs sérieux ont déjà les numéros qu'ils recherchent, et les curieux ne veulent pas débourser des fortunes pour du papier qu'ils peuvent feuilleter autrement. Sur ce point, voir aussi notre article sur mode multijoueur dans gta.
Pourquoi le prix de revente reste si bas
Plusieurs raisons expliquent cette déconvenue, et la première tient à la nature même du support. Un magazine n'est pas une console : il ne se répare pas, ne se branche pas, ne produit aucun effet de nouveauté.
Sa valeur dépend entièrement de son état de conservation, et rares sont les exemplaires sortis d'un garage qui ne présentent ni pliure, ni jaunissement, ni odeur d'humidité. Par ailleurs, la presse vidéoludique a été tirée à des dizaines de milliers d'exemplaires à son époque de gloire, ce qui rend l'offre potentielle immense.
- Un numéro de Joystick des années 90 en bon état trouvera preneur, mais difficilement au-delà de quelques euros.
- La double peine des collections complètes : plus vous en avez, plus le prix unitaire baisse, car l'acheteur doit tout déplacer lui-même.
- À quoi bon investir dans ces archives papier quand les scans circulent librement sur plusieurs forums et sites de passionnés ?
- Tous les magazines ne se valent pas : un Tilt consacré à l'Amiga ou un numéro spécial Zelda aura plus de chances qu'un mensuel généraliste lambda.
Le marché de l'occasion pour les magazines de jeux vidéo reste donc très étroit, et il récompense surtout les vendeurs patients capables d'attendre le bon acheteur. Ceux qui veulent vider leur garage rapidement doivent accepter de brader, voire de donner.
Les options concrètes pour vider le garage
Si la revente rapporte peu, cela ne signifie pas que toutes les issues se valent. Le don à une association, une médiathèque ou un club de rétrogaming local peut donner une seconde vie à des magazines qui finiraient sinon à la déchetterie. Certaines structures documentent activement l'histoire du jeu vidéo et acceptent volontiers des dons de presse spécialisée, à condition que les exemplaires ne soient pas moisis ni déchirés.
La revente en lot, elle, reste pertinente pour les collections volumineuses. Le principe est simple : on ne vend pas un magazine, on vend un carton entier pour une somme modique. L'acheteur y trouve son compte en payant moins cher qu'à l'unité, et le vendeur se débarrasse de tout d'un coup, sans se lancer dans des expéditions interminables ni des négociations au numéro près. C'est souvent la solution la plus réaliste pour les cartons de 500 revues mentionnés plus haut.
Enfin, la numérisation personnelle peut représenter un compromis intéressant. Scanner ou photographier les pages auxquelles vous tenez, conserver les fichiers sur un disque dur, puis libérer l'espace physique : vous gardez la mémoire sans les contraintes du papier. Reste que certains préféreront l'objet, avec son odeur et ses défauts, à une suite de fichiers.
Accepter la modestie du marché sans regret
Que ces vieux magazines finissent chez un autre passionné, dans une association ou simplement recyclés, l'important est de ne pas se raconter d'histoires sur leur valeur marchande. Les exemples d'Univers Vintage et du forum Gamekult montrent que le marché existe, mais qu'il reste timide, avec des prix promotionnels et des estimations à un euro pièce pour des lots entiers.
Cette modestie n'enlève rien à la valeur sentimentale que vous leur accordez, et c'est précisément parce que cette valeur est réelle qu'elle n'a pas besoin de se monnayer. Au fond, qu'est-ce qui mérite le plus de place dans votre garage : l'espace retrouvé ou le souvenir qu'un carton de plus continue d'occuper ?